Long Format

Joseph Joanovici, « salaud national » de l'après-guerre

le par - modifié le 06/06/2021

Chiffonnier juif de Bessarabie devenu milliardaire en France sous l’Occupation, « Monsieur Joseph » est une énigme : à la fois Résistant et collabo, presse et police le traquent sans relâche après la guerre. Mais où diable se cache-t-il ?

Figure totalement atypique dans la France de l’après-Seconde Guerre mondiale, Joseph Joanovici a passionné la presse populaire pendant plusieurs années et plus particulièrement entre 1947, date de son arrestation et 1949, date de son procès, qui le condamnera à cinq années de prison.

Celui que l’on nomme « Monsieur Joseph » ou « Joano » avec un mélange d’effroi et d’affection, suscite bien des attentions alors qu’il était complètement inconnu pendant la guerre. Ce « salaud » qui ne l’était pas tant que ça ne devient célèbre que lorsque son nom apparaît dans la presse en mars 1947, mêlé à de louches activités aux temps de l’Occupation.

Alors que la France en est encore à l’épuration, le passé très récent est encore extrêmement sensible, c’est pourquoi la passion pour Joseph Joanovici va gagner les esprits. Les nouveaux quotidiens populaires parisiens comme France-Soir créé fin 1944 par les jeunes chefs résistants Philippe Viannay et Robert Salmon tirant à plus de 500 000 exemplaires ou son concurrent Paris-Presse-L’Intransigeant créé au même moment par le fils de Maurice Barrès, Philippe Barrès et le fils de Marie Curie, Eve Curie, l’ont bien compris tout comme L’Aurore, crée lui aussi en 1944 par Robert Lazurick, ancien député du Front Populaire.

Ils vont suivre pas à pas ce chantre de la duplicité tandis que les journaux communistes comme L’Humanité, catholiques comme La Croix ou issus de la Résistance comme Combat ne seront pas en reste.

Nouveauté podcast : « Séries noires à la Une »

La presse et le crime, le nouveau podcast de RetroNews

Peur sociale, fiction de l’anarchie, crimes politiques, chroniques du Paris des Apaches… Découvrez chaque mois un phénomène criminel par la presse dans Séries Noires à la Une.

Écouter les épisodes

Un chiffonnier Russe, Roumain et Juif devenu milliardaire sous l’Occupation

Qui est ce Joanovici ? Sans nul doute un personnage aux multiples facettes et identités : Juif quasi-orphelin, né en février 1905 en Bessarabie, à Kichinev alors située au sein de l’Empire Russe (aujourd’hui Chisinau, capitale de la Moldavie) de parents rapidement victimes des pogroms antisémites dans cette ville quelques mois après sa naissance, Joseph Joanovici est d’abord Russe avant de devenir Roumain en 1919 après le rattachement de la Bessarabie à la Roumanie. Puis il décide de venir s’établir en France, à Paris en 1925 : il obtient un droit de séjour avec son épouse Hava Schwartz, elle aussi immigrée.

Deux filles naissent du couple, Thérèse en 1927 et Hélène en 1929. Installé dans le XVIIe arrondissement (au 188, rue de Clichy) le ménage vit de peu. Illettré, Joseph Joanovici est d’abord embauché par un chiffonnier de Clichy comme trieur de métaux. Mais doté d’un sens des affaires hors du commun, cet immigré se met rapidement à son compte : dès 1927 il devient commerçant-métallurgiste puis, avec son frère qui l’a rejoint à Paris, une société est créée : les Établissements Joanovici et frères, dont le but est la récupération des métaux non ferreux.

Au début, c’est dans un m...

Cet article est réservé aux abonnés.
Accédez à l'intégralité de l'offre éditoriale et aux outils de recherche avancée


Cet article fait partie de l’époque : IVe Rép. (1946-1958)

Sur le même sujet