Écho de presse

1900 : le gigantesque banquet des maires de France

le 30/07/2022 par Priscille Lamure
le 19/02/2018 par Priscille Lamure - modifié le 30/07/2022
Dessin de presse représentant le « banquet des maires » du 22 septembre 1900 paru dans Le Petit Parisien Supplément Illustré - source : RetroNews-BnF

Le 22 septembre 1900, le banquet des maires, organisé aux Tuileries, réunit 23 000 convives venus de toute la France pour un repas somptueux.

Dans le cadre de l’Exposition universelle de 1900, de nombreuses manifestations grandioses sont organisées en plein Paris. À côté de la grande roue de 70 mètres  de haut ou de l’écran de cinéma des frères Lumière, un « banquet des maires » de France doit se tenir dans le jardin des Tuileries.

C’est le 22 septembre, date anniversaire de la proclamation de la Première République, qui est retenue afin de mettre en œuvre la gigantesque agape. Pour l’occasion, le président de la République Émile Loubet a invité à déjeuner les maires de toutes les communes de France, d’Algérie et des colonies.

Ainsi, plus de 20 000 maires ont répondu à l’appel, auxquels se joignent de nombreux députés, sénateurs et préfets – ainsi qu’une foule de journalistes. Au total, près de 23 000 convives sont attendus.

La presse fait grand tapage des préparatifs, qui débutent quelque quinze jours en amont de l’événement. Comme le rapporte Le Petit Troyen, la capitale est alors en effervescence :

« Dans toutes les gares, on signale des trains complètement bondés de ces honorables magistrats municipaux. Toute une armée d’ouvriers travaille aux installations du jardin des Tuileries. »

La veille de l’événement, dans les galeries des cuisines, on s’active déjà. L’Écho de Paris rapporte les va-et-vient d’une foule compacte de petites mains, s’affairant en vue du banquet de hauts fonctionnaires :

« Une véritable armée de cuisiniers, tout de blanc vêtus, range dans des assiettes, du beurre, des olives et du saucisson. D’autres préparent les assiettes de fruits, d’autres encore rôdent autour d’immenses chaudières d’où s’échappe une forte odeur de moka ; c’est le café de Messieurs les maires qui se prépare. »

Ce n’est que le 22 septembre à cinq heures du matin, à quelques heures seulement de l’événement, que la tribune d’honneur et les dernières tables finissent d’être dressées par le personnel de la maison Potel et Chabot, chargée de l’organisation.

Les dernières toiles de tente sont fixées dans l’allée centrale des Tuileries, avec l’aide des sapeurs du génie. Le Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire semble fasciné par cette coordination inédite de talents.

« La grande tente parallèle à la rue de Rivoli est couverte dans toute sa longueur. On s’occupe de la décorer. On pique des fleurs en papier : d’énormes pâquerettes, de gigantesques pivoines.

La table d’honneur est prête, dressées sur une tribune adossée à “l’Hercule terrassant l’Hydre de Lerne”. »

De bon matin, un important service d’ordre dirigé par le préfet de police Lépine est mis en place tandis que des agents de police de tous les arrondissements de Paris ont été mobilisés. Les badauds sont en effet venus en grand nombre se masser rue de Rivoli, à la porte Castiglione et à celle du pavillon de Marsan, attendant impatiemment l’arrivée du président de la République.

Mais les premiers sur les lieux des festivités sont les maires qui, dès dix heures, carton d’invitation à la main, pénètrent dans le jardin des Tuileries salués de chaleureuses acclamations des curieux tenus à distance par les forces de l’ordre.

Enfin, sur l’air de La Marseillaise, le président Loubet fait son entrée et rejoint les maires assemblés sous les grandes tentes faisant office d’immenses salles des fêtes. Selon un rédacteur du Figaro dépêché pour l’occasion, « neuf rangées de tables d’honneur s’allongent devant la table présidentielle ».

Mises bout à bout, toutes les tables s’étendent sur près de sept kilomètres. Aussi, pas moins de 80 000 bougies sont nécessaires pour éclairer les trois salles à manger et les cuisines.

Lorsque le président rejoignit la tribune d’honneur et que chaque maire était installé à sa place, à midi cinq précisément, 180 maîtres d’hôtel entrèrent en scène pour s’affairer autour des tables et servir les convives. Au menu, après quelques hors-d’œuvre :

« Darnes de saumon glacées à la Parisienne, filet de bœuf en Bellevue, pains de cantons de Rouen, poulardes de Bresse rôties, ballottines de faisans Saint-Hubert, salade Potel, glaces succès Condé suivies de divers desserts. »

À l’issue de ce gargantuesque festin, 2 785 litres de café sont nécessaires aux convives.

Alors, le président prononce un discours patriotique entrecoupé d’applaudissements retentissants. Ne pouvant entendre les paroles que l’on imagine vibrantes du chef de l’État, chaque maire suit phrase par phrase le discours sur des exemplaires disposés sur les tables à côté des menus.

Le banquet, orchestré avec une grande efficacité, ne dure qu’une heure et quart et s’achève dans la joie et la bonne humeur par la distribution de quelque 50 000 cigares.

Enfin, comme lors de tous les événements à vocation médiatique, c’est par un geste de charité ostentatoire que se conclut cette fête républicaine : les restes du repas furent en effet distribués aux nécessiteux de la capitale.