Généalogie

Un agriculteur dans la famille ? Il est sûrement dans RetroNews !

le 29/11/2021 par Tony Neulat
le 22/11/2021 par Tony Neulat - modifié le 29/11/2021

Croire que seules les personnes s’étant illustrées, positivement comme négativement, par leur profession ou leur talent, leur bravoure au combat ou leurs méfaits, figurent dans le journal est une idée tentante et largement répandue. Mais il n’en est rien. L’immense majorité de nos aïeux, aussi modestes soient-ils, se retrouvaient, un jour ou l’autre, pris dans les filets de la presse.

La presse ancienne ne saurait se résumer ni aux grands titres, ni aux comptes-rendus des grands événements nationaux ou internationaux, ni aux articles consacrés aux personnalités et célébrités ni aux récits circonstanciés des faits divers et scandales spectaculaires. Réceptacle des nouvelles les plus insignifiantes à l’échelle de l’Histoire, elle constitue un véritable miroir de la vie locale : le quotidien de nos ancêtres s’y réfléchit et s’y réfracte.

Pour illustrer notre propos, considérons une population typique de la période qui nous intéresse : celle des agriculteurs. Profil intéressant que celui des cultivateurs, des exploitants agricoles, des fermiers, des laboureurs, des journaliers, des métayers ou des manouvriers pour ne citer que quelques termes destinés à désigner cette frange de la France des XIXe et XXe siècles.

Pourquoi ? Parce que les agriculteurs ne présentent a priori aucune caractéristique susceptible d’intéresser les journalistes : ils vivent à la campagne tandis que les sièges des journaux sont implantés en ville ; ils sont peu éduqués et ne constituent donc pas des lecteurs et des clients évidents ; leur métier est trop répandu et trop bien connu pour susciter la moindre curiosité ; leur vie, attachée à leurs terres, rythmée par la nature et les saisons, est bien réglée et ne présente ni surprises ni nouveautés. Bref, que pourrait-on bien dire d’honnêtes agriculteurs si ordinaires ?

3 siècles de presse à explorer

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EN SAVOIR PLUS

Contre toute attente, la population rurale se signale de plus en plus dans les journaux grâce à l’essor prodigieux de la presse locale au XIXe siècle. Un décret du 3 août 1810 imposant à chaque département de disposer de son propre journal, nombre de journaux de proximité voient le jour au début du XIXe siècle. Leur développement, le nombre croissant de leurs pages dédiées à la vie locale, permettent progressivement à tout un chacun d’apparaître dans le périodique le plus proche et d’immortaliser son nom dans ses colonnes, et ce, à de multiples occasions.

En outre, il ressort peu à peu que plus le journal comporte de données individuelles, plus il est lu. La presse locale devient ainsi la caisse de résonance de la vie départementale, voire cantonale ou communale, en prodiguant maints renseignements sur ses habitants.

Par ailleurs, la mobilité croissante de la population à partir de la fin du XIXe siècle s’accompagne irrémédiablement d’une distension du lien familial et social. Divers journaux « communautaires » apparaissent alors afin de relayer les nouvelles majeures de la région et préserver ainsi le lien entre les familles restées au pays et celles qui l’ont quitté. A titre d’exemple, contentons-nous de citer quelques titres de ce type relatif à la population aveyronnaise : La Correspondance aveyronnaise, L’Aveyron à Paris, L’Auvergnat de Paris.

Comment ces évolutions de la presse locale se traduisent-elles dans la pratique ? Quels renseignements généalogiques et biographiques peut-on espérer découvrir dans les journaux de l’époque ? Prenons l’exemple d’une famille d’agriculteurs aveyronnais que je connais particulièrement bien : la famille Neulat du hameau de Bach à Savignac.

Parmi les 1652 titres de presse actuellement en ligne dans RetroNews, c’est indubitablement la fabuleuse collection de L’Auvergnat de Paris, riche de 3278 numéros et disponible de 1882 à 1951, qui attire mon attention. Cet hebdomadaire est particulièrement précieux pour tous ceux qui ont des ancêtres dans l’Aveyron, le Cantal, la Corrèze, la Haute-Loire, le Lot, la Lozère et le Puy-de-Dôme. En effet, ce journal fourmille de nouvelles de toutes natures : état civil, affectations professionnelles, accidents, maladies, permissions de soldats, morts pour la France, visites familiales, acquisitions, travaux, faits divers, etc. Ces nouvelles sont en outre triées par département et par commune pour le plus grand bonheur des généalogistes et historiens locaux !

Une simple recherche sur le nom « Neulat », en filtrant sur le « titre de publication » au niveau de la recherche avancée (réservée aux abonnés), livre d’emblée 177 résultats. Un nombre relativement élevé qui n’a rien de surprenant puisque le nom est relativement fréquent dans ce secteur géographique. Tâchons d’affiner la recherche en saisissant « Neulat Savignac » au niveau du critère « tous ces mots » et en ciblant la recherche de ces deux mots dans « le paragraphe ». Le nombre de résultats s’effondre : 21. Même si cette recherche présente des limites (car le terme « Savignac » constitue également un patronyme très fréquent), elle livre 4 résultats relatifs à la famille recherchée.

Nous apprenons ainsi que Paul Neulat a été reçu au certificat d’études primaires avec la mention bien en juin 1926 :

Nous découvrons que la famille a célébré, en janvier 1938, la fête de l’habillé de soie, laquelle était organisée lorsque « l’on tuait le cochon ». L’année suivante, l’oncle Adrien fait creuser un puits. Enfin, l’extrait du 4 décembre 1948 nous révèle que le petit dernier est affecté en Moselle, à Saint-Avold dans le cadre de son service militaire :

Une recherche complémentaire, sur les termes « Neulat Bach » au sein du même paragraphe, fournit pour sa part 7 résultats dont 2 supplémentaires par rapport à la requête précédente. L’extrait du 14 juillet 1928 annonce ainsi la naissance du conscrit précédent, vingt ans plus tôt. Quant à cet extrait du 16 octobre 1948, il nous informe du décès subit du patriarche :

Par acquit de conscience, élargissons la recherche en combinant les noms et prénoms des différents membres de la famille : « Neulat Sylvain », « Neulat Georges », « Neulat Adrien », « Neulat Paul », « Neulat Dieudonné ». Cette approche permet d’accéder à quelques résultats supplémentaires et rappelle, si besoin est, la nécessité absolue de mener plusieurs recherches successives sur différentes combinaisons de mots-clés afin de tendre vers l’exhaustivité des résultats. Nous nous apercevons alors que la matriarche a été très malade en octobre 1933 :

Par ailleurs, nous découvrons que Paul Neulat, réformé, n’a pas participé aux conflits en 1939. L’extrait du 4 septembre 1915 nous apprend quant à lui qu’Adrien Neulat est fait prisonnier à Allen Grabow pendant la Grande Guerre.

Que de détails précieux pour enrichir une biographie ou une monographie familiale ! Comme l’illustrent ces divers extraits de journaux relatifs à une famille d’agriculteurs ordinaires, la presse locale ancienne constitue une manne d’informations du point de vue historique et généalogique. Ces brèves, au contenu très variable, laissent entrevoir le quotidien de nos ancêtres et nous offrent la possibilité de grappiller quelques miettes de leur vie, à la manière du Petit Poucet qui s’efforcerait de retrouver, non pas son chemin, mais celui de ses prédécesseurs.

 

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Passionné de généalogie depuis l’âge de douze ans, Tony Neulat est rédacteur dans La Revue française de généalogie et membre de la European Academy of Genealogy. Il partage, depuis 2009, son expérience et ses conseils à travers ses publications et ses formations. Il est également auteur des guides Gallica et RetroNews : deux eldorados généalogiques et Retrouver ses ancêtres à Malte, publiés aux éditions Archives & Culture.

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Cet article fait partie de l’époque : Consulat et Empire (1799-1814)